Au cœur de la démocratie : Les voix de la résistance LGBTQIA+ en Haïti s'élèvent depuis Pétion-Ville
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« Au nom de la démocratie », tel est le thème retenu pour la 17ème édition de la Journée internationale contre l'homophobie, la biphobie et la transphobie (IDAHOT). Sous l’égide du comité national de plaidoyer des populations clés (CNPPCH), plusieurs leaders communautaires, militants des droits humains et représentants de la société civile se sont réunis pour la commémoration de cet événement, déroulé le 17 mai 2026, à l’hôtel El Rancho Convention Center, à Pétion-Ville. Parmi les partenaires présents, on pouvait citer: la Fondation pour la Santé Reproductrice et l'Éducation Familiale (FOSREF), l'organisation de Développement et de Lutte contre la Pauvreté (ODELPA), Housing Works, la Fondation SEROvie, le Comité National Représentatif de la Communauté Trans-Haïtienne (CNRCTH), la Solidarité Féministe pour une Nouvelle Émergence (SoFENOE), la Fédération des Organisations Religieuses pour le Respect des Droits Humains (FEDORREH) ainsi que le Centre de débats, de recherches et de formation (CEDREF) et autres.
Dans un contexte marqué par la crise sécuritaire et les difficultés liées au financement des programmes communautaires, cette mobilisation collective a réaffirmé une volonté commune : défendre la dignité humaine, renforcer la solidarité institutionnelle et poursuivre les actions en faveur des populations les plus vulnérables.
Des discours gravés dans l'urgence et l'authenticité

D'entrée de jeu, le président du CNPPCH, M. Johnny LAFLEUR, a ouvert la série des interventions en misant sur l'union comme unique rempart contre l'adversité. Dans ses prises de parole, M. LAFLEUR a dénoncé l'hypocrisie régnant près de certains alliés de circonstance qui tournent le dos à la communauté dès que les financements s'amenuisent. Il a appelé les organisations historiques à balayer les différends du passé pour bâtir un grand projet commun et unitaire. « Je vous exhorte aujourd'hui chers amis à mettre vos différences de côté, car c'est exactement ce qu'ils veulent : nous voir divisés. Notre union leur fait peur, alors restons unis », a-t-il déclaré avec force.
Pour sa part, Dr Fritz MOÏSE, président du Forum de la société civile , en ligne, en déplacement Washington, a renforcé ce message en insistant de manière pressante sur la nécessité absolue de la cohésion interne. Selon lui, face à la réduction drastique des fonds alloués à la protection des droits humains et à l'exacerbation de l'insécurité en Haïti, l'isolement équivaudrait à la disparition. La solidarité et la confiance mutuelle doivent demeurer les piliers du mouvement pour espérer vaincre la crise actuelle.

Dans ce même élan, au nom de la Directrice Exécutive de l'ODELPA, Mme Sœurette POLICAR, Marc-Kerley FONTAL a transmis un fort message de fidélité institutionnelle. « Au nom de l’Organisation de Développement et de Lutte Contre la Pauvreté, ODELPA, nous tenons à saluer et remercier chaleureusement le Comité Plaidoyer pour les efforts constants qu’il déploie malgré les nombreuses difficultés rencontrées. Dans un contexte national particulièrement complexe, maintenir cette commémoration du 17 mai est un acte de courage, de résistance et d’engagement en faveur des droits humains. L’ODELPA réaffirme aujourd’hui que sa collaboration avec le Comité de Plaidoyer demeure solide et intacte. Ni les contraintes financières, ni les restrictions actuelles, ni les défis du contexte sécuritaire ne remettront en question notre engagement commun. Nous croyons profondément qu'aucun citoyen ne devrait être privé de formation, d’accompagnement ou de perspectives d’avenir à cause de son identité ou de sa condition. Chacun mérite les mêmes chances de vivre dans une société haïtienne fondée sur la paix, la sécurité et la justice sociale ».

En écho à cette solidarité, le Président du Conseil d'Administration de Housing Works, M. Charles KINGS, et la Directrice pays, Dre Eva Marly STEIDE, ont renouvelé leur engagement aux côtés des populations clés, promettant de maintenir leur appui technique et stratégique en dépit de la conjoncture asphyxiante. De son côté, M. Reginald DUPONT, Directeur Exécutif de la Fondation Serovie, a mis l'accent sur la nécessité de documenter les violations des droits humains et de renforcer la résilience psychologique des militants de première ligne.
Droits inaliénables et déconstruction des préjugés
Par la suite, Mme Hétéra S. ESTIMPHIL, Vice-présidente du CNRCTH, a exprimé son soulagement face à la rupture manifeste avec le conformisme habituel. Elle a souligné que, contrairement aux partenaires qui viennent d'ordinaire avec des allocutions lisses et stéréotypées qui entrent par une oreille et sortent par l'autre, les interventions de cette matinée étaient empreintes d'authenticité et de franchise car elles sortaient directement du cœur. Saluant chaleureusement les alliés de longue date, elle a rappelé que la date du 17 mai constitue un moment historique indélébile, allant jusqu'à la qualifier de véritable « 1er janvier 1804 » pour la communauté. Elle a martelé avec force que leur existence n'est pas un sujet de débat et que leurs droits ne sont pas négociables, affirmant que malgré toutes les péripéties, la communauté restera debout.

Quant à Mme Louise Augusta MOÏSE, Coordonnatrice de la SoFENOE, elle a livré un témoignage poignant sur l'exclusion systémique, rappelant qu'une société ne peut se prétendre démocratique si elle trie ses citoyens à l'entrée des tribunaux ou des hôpitaux. Elle a été suivie par M. Emerson CLERVIL, Président de la FEDORREH. Ce dernier a immédiatement introduit une minute de recueillement solennelle à la mémoire du militant regretté Charlot JEUDY, dont le courage dans cette lutte l'avait marqué alors qu'il était encore un pasteur traditionnel. Évoquant sa propre déconstruction au sein du Comité de Coordination Multisectoriel (CCM), il a plaidé pour que les structures confessionnelles, protestantes comme catholiques, cessent d'être des foyers de stigmatisation. Pour lui, l'identité de chaque personne est innée et doit être respectée ; le rôle des leaders spirituels est désormais d'éduquer leurs pairs pour que l'accolade fraternelle l'emporte définitivement sur le rejet.

Pour clore cette série d'interventions, M. Jhon JOSEPH, Coordonnateur du CEDREF, a partagé un retour d'expérience empreint de sincérité et d'humilité. Il a démontré que c'est au contact direct du militantisme et du vécu de la communauté qu'il a véritablement appris le sens profond de la tolérance, du vivre-ensemble et des valeurs humaines fondamentales que les manuels universitaires de droit et de philosophie, malgré leurs grands concepts, ne suffisent pas à enseigner.
Perspectives critiques et enjeux démocratiques : le cœur des débats
À la suite de ces échanges formels, les travaux se sont poursuivis autour d’une analyse approfondie de la conjoncture, enrichie par la participation active de l’assistance. Cette séquence, consacrée à la situation et aux perspectives de la communauté LGBTI en Haïti, a permis de mettre en lumière des vulnérabilités accentuées par la crise sécuritaire ainsi que par le retrait progressif de certains partenaires techniques et financiers.
L’attention s’est ensuite portée sur le cadre conceptuel de la journée, introduit par M. Frantzdy NAPOLÉON. À travers cette intervention consacrée à la démocratie en Haïti, les fondements théoriques de l’événement ont été exposés avec clarté. Le Secrétaire général du CNPPCH a rappelé qu’aucune démocratie véritable ne saurait se construire sur l’exclusion ou la marginalisation des minorités. Il a également mis en évidence les insuffisances des institutions républicaines haïtiennes dans la protection des populations clés, tout en soulignant que la défense des droits LGBTQIA+ demeure étroitement liée au combat pour l’État de droit.

Le moment phare de la journée a été marqué par le panel intitulé : « La place de la communauté LGBTIQA+ dans le processus démocratique en Haïti ». Pour conduire cette réflexion stratégique, la tribune M. Gino AMBROISE, Mme Hétéra S. ESTIMPHIL et Mme Edwine BOURSIQUOT.
S’appuyant sur leurs expériences de terrain, les panélistes ont confronté leurs analyses afin d’explorer les conditions d’une citoyenneté pleinement inclusive et participative. Sous la modération de M. Jhonny CLERGÉ, les échanges ont insisté sur la nécessité de dépasser une logique de résilience pour favoriser une implication active dans les espaces de décision politique et d’éducation civique. Les discussions ont ainsi démontré que l’inclusion ne relève pas d’une faveur accordée, mais constitue une exigence essentielle à la consolidation démocratique d’Haïti.
La journée s’est achevée dans un climat de fraternité et de dialogue autour de cette conviction commune : « Priver les individus de leurs droits fondamentaux revient à contester leur humanité même »
.La rédaction











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