Cinéma et droits des femmes : une journée de réflexion et d’émotion signé ambassade de France en Haïti
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« La lutte contre les violences faites aux femmes n’est pas une cause parmi d’autres. C’est un véritable test pour nos sociétés : un test de justice, un test de dignité, un test d’humanité. Tant que des femmes vivront dans la peur, nous avons tous le devoir de nous lever, de parler et d’agir. Parce que défendre les droits des femmes n’est pas seulement une cause, c’est défendre l’avenir même de notre société », a déclaré l’ambassadeur de France en Haïti, Antoine MICHON, lors de la cérémonie organisée par l’Ambassade de France en Haïti.
L’événement s’est tenu le 8 mars 2026, à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, au Centre Culturel Brésil–Haïti (CCBH), à Pétion-Ville. Cette rencontre a constitué un moment de réflexions et d’échanges autour du thème : « Cinéma et réalités sociales : regards croisés sur la condition féminine et la lutte contre les violences faites aux femmes en Haïti. » Acteurs humanitaires, défenseurs des droits humains et représentants d’institutions engagées s’y sont réunis afin de dialoguer sur les violences faites aux femmes et d’explorer des pistes concrètes de solutions.
Dans ses allocutions, la chargée administrative du CCBH, Kimberling D. Marcelus, a insisté sur l’importance de l’action collective. Selon elle, réunir plusieurs institutions autour d’une même cause permet d’élargir l’impact des initiatives et de renforcer les actions en faveur de la communauté. La force et la créativité qui en résultent, a-t-elle souligné, contribuent à façonner le présent tout en ouvrant la voie à un avenir plus solidaire. Elle a également réaffirmé que l’administration du centre soutient ces types d’aactivités essentielles au bien-être de la population.
Un panel pour analyser les réalités du terrain

Sous la coordination de Marc-Kliford CÉNOR, attaché de presse de l’instance organisatrice, le panel a réuni trois femmes au cœur des réalités du terrain : Diana Manilla ARROYO, cheffe de mission de Médecins Sans Frontières en Haïti ; Marie Goretti NDUWAYO, représentante de ONU Femmes en Haïti ; et Me Rebecca Rayd REVALY, représentante du Bureau des Droits Humains en Haïti.
Diana Manilla ARROYO, qui a ouvert les interventions, a présenté le rapport de MSF couvrant la période de mai à septembre 2025. « Les données que nous avons collectées montrent que les cas de violences sexuelles ont triplé depuis 2021 jusqu’à ce jour. Parmi les cas qui font la une , on peut parler de la brutalité des agressions : les victimes sont souvent attaquées par plusieurs agresseurs à la ffois.La moyenne est de trois, mais parfois ils sont dix ou vingt. Ces violences ne visent plus seulement une femme, elles terrorisent des communautés entières », a-t-elle expliqué, soulignant la gravité de la situation.
Elle a ensuite mis en lumière les obstacles majeurs pour les victimes : l’insécurité dans certaines zones, la peur des représailles, la stigmatisation et la méfiance envers la justice. Face à ces réalités, Médecins Sans Frontières plaide pour un accès élargi aux soins médicaux et psychosociaux et pour un renforcement du financement afin de répondre à l’ampleur du phénomène.
Me Rebecca Rayd REVALY a ensuite pris la parole pour rappeler le rôle fondamental du cadre juridique dans la protection des femmes. « La protection des femmes contre les violences n’est pas seulement une question sociale, c’est aussi une obligation juridique. La Constitution, les conventions internationales et plusieurs lois adoptées ces dernières années constituent des outils importants. Le défi aujourd’hui est de les faire appliquer dans un contexte extrêmement difficile », a-t-elle déclaré.
La disciple de Themis a également insisté sur l’importance de combiner interventions juridiques et actions de terrain. Soutenir les victimes détenues, documenter les abus pour nourrir les politiques publiques et sensibiliser les communautés afin de réduire l’impunité. Car, chaque étape, du signalement à la prise en charge judiciaire, est un maillon essentiel pour reconstruire la confiance des victimes dans le système.

Marie Goretti NDUWAYO a ensuite exposé l’approche globale de ONU Femmes pour répondre aux violences faites aux femmes, en insistant sur quatre axes : fournir une assistance complète et durable, assurer un accompagnement sûr et continu pour les survivantes, adopter une approche communautaire qui implique tous les acteurs dans la prévention et la réponse et intervenir dans les sites de déplacés pour protéger les femmes vulnérables dans des contextes de promiscuité. Elle a également souligné l’importance de l’utilisation des données pour orienter les actions et mieux comprendre les phénomènes de violence.
« La réponse aux violences faites aux femmes doit être globale. Elle doit protéger, accompagner et reconstruire. Mais elle doit aussi s’appuyer sur les communautés et sur des données solides pour agir efficacement », a-t-elle conclu, rappelant que chaque action menée sur le terrain est un pas vers une société plus juste et plus sûre pour toutes.
Le cinéma pour donner la parole aux femmes
« Au départ, il s’agissait d’un appel à projets du PNUD, financé par l’Ambassade du Canada, pour réaliser des films sur la question des femmes à travers leur projet de gouvernance et de territorialité. Nous avons ainsi produit trois réalisations : l’une retraçant l’histoire du mouvement féministe haïtien, une autre mettant en valeur les réussites des femmes dans une société qui ne leur est pas toujours favorable, et une dernière donnant la parole à celles qui vivent encore aujourd’hui les violences dans le contexte actuel », a expliqué le cinéaste haïtien Richard SÉNÉCAL qui a présenté ses œuvres.
Dès les premières images, le public a été captivé par les témoignages de Lise Marie DEJEAN, Danièle MAGLOIRE et Marie Laurence J. LASSEGUE. Ces figures emblématiques du mouvement féministe haïtien ont raconté la genèse de la lutte, les obstacles rencontrés et les avancées majeures, telles que la création du Ministère à la Condition féminine et l’adoption de lois essentielles pour protéger les droits des femmes.
Le deuxième film a pris un tournant plus intense et a plongé la salle dans une émotion profonde. Sur l’écran, une quinzaine de femmes ont raconté des histoires les unes plus bouleversantes que d’autres : viols, agressions physiques, traumatismes psychologiques. Jeunes ou adultes, de toutes classes sociales, elles ont partagé des violences qui dépassent leur vécu personnel et touchent toute la communauté. Peu à peu, le silence s’est imposé dans la salle. Regards détournés, tandis que certains essuyaient discrètement des larmes avec leurs mains ou des mouchoirs. Chaque récit a profondément marqué l’audience, rappelant que derrière chaque statistique se cache une vie brisée.
Une clôture marquée par l’émotion et la réflexion

Face à de tels remous, le réalisateur de « I Love et We Love You Anne » a choisi de ne pas projeter le troisième film, jugeant qu’il était préférable de laisser le public intégrer pleinement l’intensité des émotions vécues. Il a toutefois invité chacun à découvrir l’ensemble des œuvres sur www.filmhaiti.com, afin de prolonger la réflexion à tête reposée.
Cette journée a rappelé que la défense des droits des femmes constitue une responsabilité collective. Elle a également démontré combien le cinéma, mis en perspective avec les analyses des acteurs humanitaires et des défenseurs des droits humains, exerce une puissance particulière : rendre visibles des réalités que l’on préfère parfois ignorer et susciter une prise de conscience durable.
Marc-Kerley FONTAL











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