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L'accès des femmes au marché du travail en Haïti, entre droit et chantage

  • sitewebodelpa
  • 4 mars
  • 3 min de lecture


Credit Photo : Freepik
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« Être femme et trouver un emploi en Haïti, c’est un véritable calvaire. Dans bon nombre d’entreprises, publiques ou privées, on est perçues comme des proies plutôt que comme des candidates. Les compliments indésirables sur notre physique ou les avances malsaines ne sont jamais trop loin. Tout comme moi, des milliers de femmes sont victimes de cette situation », révèle Cassandra.


Dans le tumulte du marché du travail haïtien, certains parcours ressemblent à de véritables parcours du combattant, non pas par manque de talent, mais par excès d’intégrité. C’est le cas de Cassandra, 33 ans, dont le sourire actuel, derrière son bureau, cache des années de résistance face à un système qui a tenté, à maintes reprises, de marchander son avenir professionnel contre son intimité et sa dignité.


Le mirage des « coups de pouce »

Dans les ruelles animées d’un quartier populaire de l’aire métropolitaine de Port-au-Prince, Cassandra a grandi au milieu des cris d’enfants, des vendeuses de rue et des rêves souvent brisés trop tôt. Benjamine d’une fratrie de cinq enfants , elle n’avait pour horizon que ce que ses parents pouvaient lui offrir : une éducation.


« Nous n’avons pas de grands moyens économiques », confie sa mère. « La seule chose que nous pouvons te donner, c’est une bonne éducation. Gare à toi si tu ne suis pas le bon chemin et si tu tombes dans une grossesse précoce comme les autres filles de la zone. »

Ces paroles, répétées très souvent comme un avertissement, ont marqué Cassandra dès son plus jeune âge. Alors que beaucoup de ses camarades d’enfance ont vu leurs rêves s’éteindre dans les difficultés quotidiennes, elle a choisi de se concentrer sur ses études. Du secondaire à l’université, ses cahiers sont devenus son refuge, ses notes une arme silencieuse pour se démarquer et vaincre la promiscuité.


Le prix du « Non »

Après ces sacrifices, Cassandra pensait avoir gagné la bataille. Pourtant, la guerre commençait à peine. Lors de ses premiers entretiens, elle se heurte à un mur invisible. Une porte qui ne s’ouvre qu’à une condition tacite : Offrir son corps.


« Au début, on pense que c’est de la maladresse », raconte-t-elle. « Un recruteur qui vous propose un dîner pour discuter des détails du contrat , un autre qui pose sa main sur votre épaule en disant que votre profil lui plaît "énormément, sur tous les angles". Ou qui vous demande littéralement de passer une nuit avec lui »


Refuser ces avances n’est pas sans conséquences. Pour Cassandra, cela s’est traduit par des mois de chômage et un sentiment d’isolement croissant. « On vous fait sentir que vous êtes difficile, que c’est le milieu qui veut ça », explique-t-elle.


Le tournant : l’excellence pour seul critère


Le salut est venu d’une organisation non gouvernementale réputée pour ses processus de recrutement anonymisés et sa rigueur éthique. Dans cette institution, œuvrant pour le respect des droits humains et l’autonomisation des femmes haïtiennes, pas de dîners tardifs ni de compliments déplacés : seules les capacités intellectuelles et professionnelles comptent.


« Ce qui leur importait, c’était ma capacité à modéliser des stratégies complexes. Quand on m’a appelée pour m’annoncer mon embauche, j’ai eu un silence au téléphone. J’ai pleuré de soulagement : enfin, on m’embauchait pour mon cerveau », confie-t-elle, les yeux larmoyants et le visage débordant de joie et de fierté.


Une victoire symbolique


Aujourd’hui, Cassandra gère une équipe entière avec professionnalisme. Elle est devenue une responsable respectée pour sa rigueur, sa vision et sa créativité. Son histoire circule désormais dans les couloirs, non plus comme une anecdote, mais comme un exemple de résilience.


« Je ne regrette aucun de mes refus », conclut-elle avec force. « Si j’avais accepté un de ces "arrangements", je passerais chaque jour à me demander si je suis là pour mon travail ou pour autre chose. Aujourd’hui, je sais que ma place est méritée à 100 %. Le talent finit toujours par être plus fort que le chantage. »


Le parcours de Cassandra est un rappel cinglant : l’intégrité, bien que coûteuse à court terme, demeure le seul fondement solide d’une carrière réussie. Elle incarne l’espoir d’une jeunesse qui refuse de se laisser enfermer par les limites imposées par la pauvreté.

Mais son histoire dépasse son destin individuel. Elle met en lumière une réalité plus vaste : en Haïti, les femmes continuent de se heurter à des obstacles structurels quant à l’accès au travail et au respect de leurs droits. Dans ce contexte, Cassandra devient le visage d’une lutte silencieuse : celle de milliers de jeunes femmes qui aspirent à une vie meilleure, où leur valeur ne se mesure pas seulement à leur capacité de survie, mais à leur droit de participer pleinement au développement du pays.


« Les femmes doivent être respectées à leur juste valeur et jouir pleinement de leur droit au travail, sans condition ni compromis », répète-t-elle, comme un credo.

Casandra et Sarah : nom d’emprunts

 

Esperancia JEAN NOEL

 
 
 

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